- le 8 octobre : Ahahah ! On a bien fait de pas parler de cette rumeur à la con de divorce du couple Sarkozy !
- le 18 octobre : Euh, bon, on a bien fait de ne pas parler de cette rumeur à la con. Enfin, voilà quoi.
Pour le coup, les raisons du buzz médiatique semblent bien tenir à la proximité médias/pouvoir. Telle journaliste du Nouvel Obs disait ainsi hier au JT que son scoop du matin était communiqué par un proche de Cécilia Sarkozy. D’ailleurs, au temps pour moi, France 3 avait évoqué les rumeurs de divorce auparavant. Les articles sur le sujets parlaient des “bruits de couloir de l’Assemblée”, comprendre les discussions “informelles”, etc. Et Joffrin le moraliste, qu’a-t-il à dire là dessus ? Pas grand chose.
Il préfère faire une envolée lyrique sur le couple Sarkozy assassiné par les valeurs de mai 1968, les valeurs même que le méchant Nicolas Sarkozy voulait détruire. Ouf, les médias n’ont rien à voir là dedans.
Seul point positif, dans son second éditorial, Joffrin parle de “Cécilia Sarkozy” et non simplement de “Cécilia”. Ce qui n’était pas le cas dans le premier, diffusé uniquement sur Internet.
Ce qui déshonore est funeste: un soufflet ne fait physiquement aucun mal, et cependant il vous tue (Chateaubr.,Mém., t. 2, 1848, p. 630)
Pour que chacun puisse comprendre la vidéo qui suit, voici le texte l’accompagnant qui résume assez bien le contexte :
Le 22 septembre 2006, lors du 2ème festival du film grolandais (Quend-Plage-Les-Pins), Eric Martin et Pierre Carles présentent en avant première leur dernier film, Choron Dernière. Dans la salle, Carles reconnaît l’ex-directeur des programmes de Canal+, Alain de Greef, en poste en 1995 lorsque son film, Pas vu pas pris, commandé par la chaîne, a été censuré. Et au quart de tour… c’est parti.
Un message du ministère de l’Intérieur, que ma conscience citoyenne me force à diffuser ici :
Il est une “information” dont tout le monde parle sans parler dans la presse écrite (je n’en ai pas entendu un mot à quelque JT que ce soit) : Nicolas Sarkozy, président français se retrouve célibataire et ce sera officiel lundi, mercredi, vendredi, etc., suivant les versions. Pendant ce temps, le porte-parole de l’Elysée David Martinon-non-non continue ses démentis, tel un petit Pinocchio selon le message implicite des articles. Sa politique du no comment (alliée au ridicule du personnage) est assez amusante à regarder.
Daniel Schneidermann relevait la façon dont “lenet” est rendu responsable par Laurent Joffrin (rédac’ chef de Libération) de la propagation de la rumeur, quand toute la presse en parle. Plus précisémment c’est le site de Bakchich, que j’ai découvert à l’occasion – peut-être y étais-je déjà passé une ou deux fois – qui a décidé de crever l’abcès. Le 3 octobre, le site publie ainsi un article intitulé “Cécilia, championne de la rupture pour l’UMP ?“. Tout en notant qu’il y avait déjà eu une rumeur de rupture au moment de l’élection (on se souvient de l’épisode de la “révélation” du fait que Cécilia Sarkozy n’avait pas voté au second tour – qui avait servi avec une redoutable efficacité de scoop de lancement à rue89.com), Bakchich rapporte en à peine quelques lignes la rumeur qui fait le tour de la sphère politique et journalistique.
Laurent Joffrin donc, le 8 octobre, s’emporte contre cette ignoble rumeur sur le site de Libé. Mais pas sur la version papier, relève Schneidermann. D’un ton prétentieux, Joffrin effectue la distinction avec les “journaux sérieux” qui ont tout au plus vaguement évoqué la rumeur. Notons que cette attaque directe à Bakchich porte sur… un texte de 139 mots. Quant au “sérieux” des journaux, il suffit de voir la nouvelle maquette du journal, lancée aujourd’hui pour voir que Libération tend une fois de plus à devenir un Direct Soir payant (grannndes images, et quelques textes pour accompagner).
Et Joffrin d’asséner que la presse est libre sauf d’abuser de cette liberté ! Pourtant, il suffit de lire l’article pour voir que les mots sont simples, pas de ton sensationnaliste, que le site rapporte une rumeur en utilisant les précautions d’usage de la presse écrite.
Pour Joffrin, la preuve du ridicule des allégations qui ont envahi le net, après donc semble-t-il les allées de l’Assemblée et plus largement du pouvoir, est que “l’annonce annoncée (sic) par la rumeur n’a pas eu lieu“. Je suis triste de constater, quelque puisse avoir été la solidité des éléments permettant de prévoir une rupture à telle date, que Laurent Joffrin vit dans l’illusion que le monde journalistique est délivré de toute influence de la part du pouvoir.
Je lui conseille entre autres de regarder la trilogie de Pierre Carles composée de Pas vu pas pris, La Sociologie est un sport de combat et Enfin pris ?.
Revenons au déroulement. Le 12 octobre, La Tribune de Genève publie un article intitulé “Cécilia est bien à Genève“, qui détaille un parcours supposé de Londres à Genève de la femme du président. Le terme “exil” est utilisé par le journal, suivant la phraséologie romantique d’usage. On imagine le terrible exil dans un jet privé prêté par tel ou tel ami (voire “frère”) de Nicolas Sarkozy. Au lieu de simplement bouder son mari, rappelons-nous qu’il s’agissait pour certains analystes des milieux autorisés du premier acte d’opposition quand Cécilia Sarkozy n’avait pas voté le 6 mai dernier.
Ce rôle est aujourd’hui assumé par rien de moins que Dominique de Villepin ! Amusant, tout de même, cette volonté journalistique d’imaginer l’opposition au sein du propre camp politique de Sarkozy. “C’est la faute de l’ouverture !” s’exclame-t-on. “Il n’y a plus d’opposition à gauche !“. Mais quel mal y a-t-il à voir partir les jaunes – selon la très juste expression de Gérard Filoche – se rallier officiellement au sarkozysme ? Quel mal à ce qu’une part de ceux qui aux PS ne sont en politique que par soif de pouvoir partent rejoindre le chef du parti ennemi ? N’est-ce pas une purge à moindre coût ?
Filoche relève d’ailleurs l’indulgence des médias vis-à-vis de l’ouverture. Les mots ont leur importance : “ouverture”. Il y a quelques mois, le gouvernement a tenté d’imposer “éloignement” plutôt que le déjà très soft “reconduite à la frontière”. Eh bien pour “ouverture”, ça a fonctionné. La trahison est tendance, depuis que le Judas en chef, Eric Besson, a ouvert le bal.
Qui a vu la vidéo d’Allègre sortant du siège de l’UMP par l’arrière-cour, avec ses lunettes de soleil, en a forcement été marqué !
La mise en scène est parfaite. La caméra de France2 est là, bien entendu sur indication de l’UMP. Allègre se sent poursuivi, dans une ruelle sombre, par la caméra qui symbolise l’ensemble des médias. Il regarde du coin de l’oeil. Mais pas d’échappatoire. Il accélère mais doit finir par se rendre, pris dans les rets sarkozystes. Le poisson se débat, mais il est déjà pris.
Pour tous les ralliés du sarkozysme, plutôt que de dire qu’il s’agit d’une trahison, les médias préfèrent relayer la version officielle des intéressés et du pouvoir : telle personnalité de gauche part au gouvernement mais conserve sa liberté de ton et de pensée.
Mais dans les faits, qu’en est-il ? Prenons le cas de la sortie de Fadela Amara sur l’un des amendements de Thierry Mariani à l’énième loi sur l’immigration, celui concernant les tests ADN. Tous les médias ont repris pendant plusieurs jours le mot “dégueulasse”, mot tout ce qu’il y a de commun et qui exprime un sentiment qu’on peut juger tout à fait sincère. Je n’ai vu ni entendu nulle part repris et analysé l’essence de la critique de Fadela Amara, sur “l’instrumentalisation de l’immigration” (sauf quelques jours après dans un article de La Croix, “L’immigration, otage des querelles politiques“). La raison est simple, cela gêne tout le monde puisque l’attaque portait aussi sur la gauche. Donc les députés de se focaliser sur le mot – importance des mot !
Eh bien Fadela Amara, capable dans un sursaut de se rebeller, retombe quelques jours plus tard dans la létargie gouvernementale, avec une visite dans la Sarthe chez le premier ministre François Fillon, pleine de sourires forcés.
Ce qui est alors intéressant, c’est le fait qu’aux yeux de Sarkozy, les meilleurs sont ceux qui le rallient. Le reste n’est que “petits pois“. Il avait utilisé l’expression envers les magistrats (on sait qu’il les déteste). Que penser alors de sa déclaration le 4 octobre aux parlementaires de l’UMP et du Nouveau Centre venus l’applaudir selon laquelle ils sont “des petitspois qui ont tous la même couleur et la même absence de saveur” ?
Les traitres à la cause passent de l’opposition au “coeur du dispositif de l’adversaire, au gouvernement qui va attaquer tout ce qu’en principe ils défendaient auparavant” (Filoche). Et c’est ce comportement que Sarkozy choisit de mettre en valeur. Pour lui, il s’agit de redonner donc un peu de “saveur” au gouvernement, un ton différent. Différent, du moment que ça reste sporadique.
L’idée est reprise de la campagne présidentielle de François Bayrou qui prétendait que tout le monde serait d’accord pour discuter. En l’occurrence, le débat n’existe pas. Ni au sein du gouvernement, puisque c’est le “gouvernement-bis” de l’Elysée qui décide, ni au Parlement où même les gentils godillots de la majorité commencent à en avoir marre.
Et c’est là que l’ouverture joue son rôle. L’opposition est censée être au sein même du gouvernement. D’où le fait que les coups de gueule qui ont lieu de temps en temps sont acceptés.
Or les gentils journalistes des “journaux sérieux” prennent de manière positive “l’ouverture” sarkozyste. La conséquence logique en est pour eux une difficulté à situer l’opposition. Le message transmis involontairement est alors que peut-être après tout que tout le monde est peut-être plus ou moins d’accord avec le président Sarkozy.
Il faut dire que le PS n’a pas l’air d’avoir saisi la nouveauté du piège marketing de “l’ouverture”. Dans le cas de Fadela Amara, tel député PS déclarait, enflammé que, après tout, Jean-Pierre Chevènement l’a dit, “un ministre ça ferme sa gueule ou ça démissionne !“. Le très bien pensant Jean-Marcel Bouguereau, rédacteur en chef au Nouvel Observateur et éditorialiste à la République des Pyrénées, titre alors “Maintenant, un ministre ça l’ouvre“. Au moins ce dernier y décèle-t-il une nouveauté. Mais pourquoi diantre ne pas comprendre que s’il n’est plus besoin d’une cohésion gouvernementale totale, c’est parce que désormais l’on incorpore un simulacre de critique oppositionnelle ?
Revenons à Cécilia Sarkozy (et Dominique de Villepin), sacrés tour à tour meneurs de l’opposition, parfois même de manière sérieuse. Il y a donc tout d’abord la dimension pipole manifeste des pérégrinations de Cécilia Sarkozy, conséquence d’une autre stratégie marketing de Sarkozy (mise en scène du couple) qui s’est retournée contre lui mais également de son déroulement même. On apprend par exemple aujourd’hui à 16h25 qu’une nuit d’hôtel de Cécilia Sarkozy coûte 1300 € (s’ajoute la question de qui paye quoi).
Mais il y a aussi dans la fascination journalistique le fait que la femme tienne tête à son mari qui contrôle d’une main de fer sa majorité. Sur le plan symbolique, les implications sont nombreuses. Mais la principale, par rapport au reste de l’analyse est le fait que s’y retrouve “enfin” une part de résistance, face d’une part aux godillots de la majorité qui se font insulter par leur chef sans broncher, et de l’autre à la gauche dont ils ignorent les gestes d’opposition car ils sont obnubilés par “l’ouverture”, aidés par le fait que le PS n’arrive pas à s’y adapter non plus.
Les unes de Closer et Voici, rapportées par l’AFP aujourd’hui à 19H17 ne font qu’illustrer cette démarche : “Le douloureux choix de Cécilia” et “Cécilia, une femme libre”. Ridicule ? Mais toute “analyse” impliquant Cécilia Sarkozy dans les “journaux sérieux” sera empreinte de cette admiration idéalisée, d’autant plus facile qu’on l’appelle “Cécilia”. Combien sont conscient qu’utiliser ainsi uniquement le prénom de Cécilia Sarkozy transforme infiniment le ton de l’article, la rendant immédiatement plus sympathique ?
Ou quand le journalisme, aveugle, se réduit au people.
L. m’a fait porter l’attention sur ce clip de Passi sur la chanson “Emeutes” (album Genèse, 2001).
L’esthétique de Métropolis, celle de l’art officiel soviétique, les images d’archives de mouvements sociaux mélangées à celles d’émeutes urbaines contemporaines… Passi, un révolutionnaire ?
Ne nous emballons pas, la lutte ici est plus directe et limitée. Plus on avance et plus Passi s’emporte contre la caméra. Ce n’est de plus pas un hasard si un film d’archives montrant un jet de pierre contre une caméra au cours d’une émeute est placée vers 3:08 (sur 3:43). Car bien sûr il y a dans une texte une justification de l’émeute, le message est d’abord dirigé vers “les autres”, avec par exemple “Tu nous verras à l’antenne déraciner ton chêne, / On va changer les programmes sur ta première chaîne” (vers 1:00). Il s’agit bien de transmettre une autre analyse des émeutes que celles des médias (par lesquels “les autres” sont informés, en particulier contre TF1 (mais bon, si ils étaient les seuls, ça se saurait…).
L’habillage soviétique ressemble beaucoup plus à une provocation qui s’ajoute à celles contenues dans les paroles (je ne dis pas qu’elles ne sont pas sincères !). En témoigne le fait que Passi profite du clip pour faire la promo de sa propre ligne de vêtements (merci à L. de me l’avoir fait remarquer…) , Passi s’intègre pleinement dans la dynamique capitaliste qui domine le rap français.
Pour les visiteurs qui ne me connaissent pas, je suis un étudiant de Sciences Po en échange étudiant avec l’Université du Québec à Montréal pour deux trimestres (huit mois).
L’UQAM, fondée en 1969, est une victoire étudiante en elle-même puisque la création d’une seconde université francophone à Montréal était l’une des revendications du mouvement de grève de 1968 au Québec. Dès le commencement, l’université est caractérisée par son sous-financement chronique par rapport aux autres établissements qui laisse à penser que l’UQAM est destinée aux plus pauvres. Pas étonnant donc qu’on la surnomme “université du peuple”. Cette situation entrainera nombre de grèves impliquant à la fois étudiants, professeurs et étudiants.
Constat de départ
Dès les premiers cours, pour des raisons exposées plus bas, les associations facultaires ont lancé des appels à la grève, avec Assemblée générale de préparation puis une autre pour voter la grève. L’AFESH a déjà voté la grève. Mais, pour que la grève se déclenche, il faut, suivant une règle fixée, probablement pour donner de la légitimité, qu’un quorum de 25 000 étudiants soit atteint (l’UQAM en compte 40 000). Il ne faut pas que 25 000 étudiants votent la grève. Non, il faut que le vote soit positif dans des associations représentant au total au moins 25 000 étudiants. L’AFESH représente par exemple environ 5 000 étudiants, en manquent donc encore 20 000.
Il y a là déjà une absurdité. Une association facultaire représente des étudiants qui ne choisissent pas d’y être puisqu’ils sont inscrits d’office, en prélevant une somme au passage. Très bon pour les finances du mouvement, certes. Mais qu’en est-il alors de la légitimité ? L’adhésion forcée semble ouvrir grand la porte à une dérive corporatiste, quand l’association facultaire se veut au Québec relais d’un syndicat provincial.
Un représentant de l’AFESPED (Science Politique et Droit) évoquait à demi-mot dans un cours de science politique qu’il fallait faire gaffe au poids des étudiants de droit dans le vote (sociologiquement plus à droite, comme chacun sait). Existe d’ailleurs l’AEMSP, association spécifique au module de science politique qui défend donc les intérêts dudit module contre ceux du module de droit, au sein de l’AFESPED, association qui va représenter les intérêts de l’assemblage des deux contre les autres départements… On marche un peu sur la tête. On n’en est même pas à la défense d’un corporatisme étudiant, comme le font les syndicats français.
Ils existent bien, ces syndicats là, mais ce sont les associations facultaires qui vont choisir auquel elles vont se rallier. Et c’est donc bien un militant de l’association que l’étudiant va avoir face à lui pour dialoguer.
Quant à l’internationalisme, n’en parlons pas. Le système des associations est presque entièrement fermé à quelqu’un classé comme moi “Etudiant(e) Libre ou Visiteur(euse)”. La brochure de l’UQAM sur le sujet indique la présence de 2 000 étudiants étrangers à l’UQAM. Je suis donc étudiant à l’UQAM tout aussi pleinement que n’importe quel québécois, mais sans le droit de participer à l’AFESPED, même si tous mes cours sont en science politique. La raison est simple : la cotisation se fait automatiquement et l’AFESPED ne prend pas de cotisation volontaire. Ce qui pourtant ne demande pas un effort considérable sans compter que cela représente une source de financement et qu’une démarche volontaire peut être bien plus utile à un mouvement qu’un étudiant inscrit malgré lui et qui n’a rien à faire de se qui se passe. Mais cela n’avait pas l’air de perturber la personne qui m’a expliqué ça. J’ai un peu l’impression d’avoir affaire à des gens qui n’ont pas pris le temps de réfléchir au pourquoi de leur action.
Cette personne m’a finalement dit d’aller voir l’AFESH, qui prend les cotisations volontaires. L’AFESH est réputée être l’association facultaire la plus à gauche, et leur acceptation des cotisations volontaires – qui semble donc être une exception – a une motivation justement bien politique (on le verra plus bas).
Toujours dans le rapport des québécois aux étrangers à l’UQAM, un camarade de Sciences Po qui a fait le déplacement avec moi, A., m’a raconté comment il avait du en venir à se justifier auprès d’un militant se prétendant de gauche de vouloir s’impliquer dans le mouvement (en plus de dépasser ses bas égoïsmes, il y a des motivations plus directes et pragmatiques auxquelles je consacrerai un billet en temps voulu). Moi qui me souviens des AG du CPE où des étrangers friqués venaient dire que s’ils avaient payé 5 000 € (le prix d’une inscription pour un étranger hors UE), ce n’était pas pour que les Français fassent grève, qu’ils avaient fait un investissement (Un autre étranger, grec je crois, avait alors pris la parole pour se poser en contre-exemple, mais bref)… Ca me fait bien marrer de voir la posture inverse chez certains Québécois, quand ces mêmes associations se veulent des lieux de démocratie directe et prétendent à une égalité absolue entre les hommes et les femmes refusent d’incorporer les étrangers pour ne pas se compliquer la vie.
Mais je pense que c’est tant le résultat de la connerie humaine que celui d’un corporatisme institutionnalisé, tel que le dénonce l’AFESH chez qui j’ai fini par pouvoir adhérer.
Petit historique explicatif
Le carré rouge, symbole depuis 2005 du mouvement étudiant
Le petit historique qui suit est extrait des informations offertes dans l’agenda de l’AFESH.
En 1975 est fondée l’AGEUQAM (Assemblée générale des étudiants de l’UQAM). L’association est intermodulaire, ce qui va à l’encontre de mon impression première (causée par l’aveuglement de la représentante de l’AFESPED) que l’activité syndicale avait toujours été organisée de la sorte. On a encore une association liée à un syndicat (l’ANEQ, à l’époque), mais cela correspond en fait techniquement à une section locale. Reste encore qu’il n’y a qu’une seule association, c’est encore un autre problème.
Bien entendu, face à un représentant menaçant car de poids, la direction fait tout pour empêcher l’AGEUQAM de s’installer, usant de tous les moyens de pression possibles. Après des actions et grèves, un référendum finit par être organiser en 1984, et avec une majorité très importante, l’AGEUQAM est reconnue.
En 1990, la grève sur le dégel des frais de scolarité échoue. L’enjeu du dégel des frais revient périodiquement, et il représente l’une des motivations pour voter une grève cette année. Le mouvement étudiant de l’époque apparait divisé. L’AGEUQAM est dissoute. L’AGEsshalc (Association générale des étudiants des secteurs des sciences humaines, arts, lettres et communications) qui prend la place (affiliée à la FEUQ) est beaucoup moins combattive , c’est le moins qu’on puisse dire, et l’UQAM arrête d’être à la tête des mouvements. En 2001, la direction y est renversée mais l’association n’a pas le temps de se radicaliser : la direction organise avec l’ancienne équipe dirigeante un référendum que l’AFESH juge entaché de fraudes nombreuses, et l’AGEsshalc est dissoute, remplacée par 8 associations modulaires, bien plus pratiques à manipuler. L’ASÉ (Association syndicale étudiante) qui se forme alors sur adhésion individuelle ne survit pas longtemps.
Cette division ne date donc que de 2000 ! Et les associations savent bien qu’il y a là problème, puisque lors de la grève de 2005, un comité Mob-UQAM est formé pour assurer la cohésion.
J’ai donc rejoint l’AFESH (affiliée à l’ASSÉ), sans trop avoir le choix si je voulais m’impliquer dans la grève, mais je ne regrette en rien cette adhésion puisque l’AFESH dénonce le corporatisme facultaire, et porte des valeurs d’interprofessionnalisme.
anti_bug_fck“Talk to your daughter before the beauty industry does”
C’est le slogan de la campagne anglaise de Dove sur les télévisions anglaises. Effectivement, c’est “cool”, c’est “engagé”, c’est “provocant”. Tel bloggeur s’exclame ainsi “J’ai envie de dire ‘enfin un spot intelligent’ !“. Tout va pour le mieux, donc ?
Il faut croire…
Déroulement de la vidéo
La vidéo commence donc par la mention “a Dove film”, puis “Onslaught. Nous voilà devant un film d’auteur.
Suivent 15 secondes de plan fixe sur une petite fille rousse, sur fond musical avec en boucle les paroles “Here it comes” et une tension croissante. On sent un léger ralenti dans l’image pour laisser l’impression d’un moment en suspension. Puis c’est l’orgie.
On commence avec un enchaînement d’une douzaines d’images de corps parfaits de femmes en sous-vêtements par zooms successifs en l’espace de quelques secondes. Voilà donc pour l’affichage public
La caméra montre alors un poste de TV écran plat dans un salon droit sorti d’un catalogue de La Roche-Bobois. On passe directement aux images diffusées : deux femmes, toujours parfaites, toujours à moitié nues, qui dansent sur la musique du film (!) d’une manière lascive. Voilà pour les clips de musique.
Suivent des images de magazines avec toujours les mêmes corps et des régimes top géniaux proposés. Voilà pour les journaux dits “féminins” (chez Elle on dit “néo-féministes”).
Nouveau zoom sur la télé, sur une publicité qui fait directement référence à L’Oréal (Dove appartient au groupe concurrent Unilever). “Your skin” est sussuré par une bouche pulpeuse. Voilà pour la publicité télé.
Plusieurs secondes de zooms sur les manequins en vitrine.
Idem sur la télé avec un jeu sur les comparatifs prononcés par la présentatrice avec un grand sourire (“it’s your luck” dit la première, puis “smaller”, “tighter”, “softer”, etc.).
Quelques passages sur des boîtes de médicaments.
Un écran de logiciel de retouche d’image façon Photoshop dont l’image se retrouve placardée avec le slogan “Perfect body in 3 weeks”. Zoom sur son rond fessier qui se transforme en boîte de médicaments.
Retour sur les vendeuses dont les images fusionnent. “It really works”, disent-elle.
Plan sur une balance. Puis sur une femme dessus, grosse mais qui maigrit à vue jusqu’à devenir maigre comme un fil de fer. Plan sur des petits pois – carottes dans un bol. Plan sur la balance. La maigrichonne redevient énorme. Plan sur le bol déjà presque vide. Plan dans une salle de gym. Balance. Remaigrit. Bol. Regrossit. Bol. Vomit. Voilà pour les régimes.
On finit par plusieurs secondes de chirurgie esthétique.
Puis des jeunes filles du même âge que la première traversent la rue. On est revenu au ralenti premier. “Talk to your daughter before the beauty industry does” s’affiche à l’écran. Puis la fillette traverse en regardant la caméra.
Suivent un lien pour “Campaign for real beauty” et le logo du “Dove self-esteem fund”.
Pas besoin de surinterpréter cette pub pour en voir les contradictions…
La chèvre et le chou
Pour commencer, la gamine est jolie, blanche et rousse. La mère anglaise moyenne peut donc s’y retrouver. La mère, pas le père, c’est là un message implicite. Et là déjà, on est dans une situation absurde. Démonstration.
Dove est une branche d’Unilever, multinationale qui pour donner une idée revendique de toucher chaque jour 150 millions de personnes à travers ses produits. Donc Dove s’élève contre le sexisme dans la publicité, quand nombre des marques d’Unilever sexualisent leur produit, voir tombent dans le “porno-chic” (comme on dit).
Un exemple ô combien révélateur est à ce titre Magnum qui a par exemple pu avoir comme publicité une photo d’une femme en maillot minimaliste et transparent, centrée sur ce qu’on appelle en langage retenu le pubis, maillot dans lequel se trouvait une barre Magnum, avec pour slogan “Barre Magnum, elle fera de vous un homme”. “En suçant ma glace, je taille une pipe”… Merci le concept.
On peut aussi parler de la dernière campagne télé des déodorants Axe, autre marque du groupe. Sans bouger le moindre petit doigt , la femme tombe et rampe aux pieds de l’homme, offerte, priant pour se faire prendre dans l’instant.
Bref, on a donc ici Dove qui a prétention d’éduquer la mère contre la maison-mère Unilever. Et au lieu de dire mea culpa, cette publicité transmet l’idée : “c’est ta faute, mère indigne !”.
Efficace mais schizophrène
J’ai vu cette vidéo dans l’émission Pépites sur le net du 4 octobre dernier (Canal+). Il n’y avait pour des raisons légales pas mention du nom de la marque, sauf dans le court générique. Et j’ai justement fait attention à cela parce que j’ai été dérangé par la vidéo. Je me suis demandé qui pouvait la faire. Au début j’ai cru que c’était un ministère ou un organisme quelconque. Il se trouve que le CSA fait en ce moment une publicité pour appeler au respect des signalisations -10, -12, -16 qui ressemble beaucoup à celle-ci. A la différence que comme on parle de violence, cela va ici être un père responsabilisé concernant son fils…
Mais bref, j’ai fini par remarquer la mention dans les crédits, et j’ai donc été voir sur Internet. Pour en arriver à ce billet.
Cette publicité est en effet assez terrible de par son contenu sexuel latent. Non pas tant les corps de femme montrés (j’y viens) que la signification de l’histoire. La vidéo commence donc sur la petite gamine (mignonne à faire rougir de plaisir un pédophile), avec la musique “It’s coming” (sauf erreur de ma part, “to come” signifie aussi “jouir”), puis tout explose. “C’est l’orgie”, disais-je plus haut. Orgie d’images qui sont censées passer par la tête de la petite fille. Comment ne pas penser à Lolita, cette histoire de Nabokov adaptée par Kubrick au cinéma (j’ai uniquement vu le film) ? Il s’agit là d’une grave mise en garde contre la sexualité que porte en elle la petite fille.
Mais il s’agit aussi d’une publicité. Il faut donc aussi satisfaire le téléspectateur avide d’images de sexe. La différence principale avec la publicité pour le CSA est en effet que cette dernière suggère. Ici, l’on se repait d’images dénudées tout en étant heureux puisque c’est pour la bonne cause. En somme, une acceptation de la banalisation, accompagnée d’un message bidon.
Le mot de la fin
Voici j’espère une démonstration de pourquoi une publicité “éthique” n’existe pas. La publicité n’est jamais faite que pour plaire aux mères inquiètes par le déferlement de sexe dans la vie de tous les jours. Et principalement à la télévision (voir cet article de Schneidermann sur @si).
Il faut désormais considérer les publicités faussement éthiques comme un produit destiné à certaines cibles.